Qui sommes-nous

Salle de presse

Une guerre commerciale imminente ? Implications

retour

Andbank

Share on FacebookTweet about this on Twitter
Une guerre commerciale imminente ? Implications

Álex Fusté, économiste en chef d’Andank, analyse l’effet « Trump » sur l’économie mondiale.

L’hostilité montrée par l’administration Trump envers la Chine a eu une ampleur combative redoutable. Si inhabituelle que, selon moi, cela ne présage rien de bon. J’espère que ce ne sera que cela, un présage.

Voici quelques exemples : 1) Menaces d’imposition de tarifs 2) Désignation officielle de la Chine comme « manipulateur de devise » 3) Nouvelles plaintes pour des cas de dumping 4) Nomination de l’incendiaire Peter Navarro en tant que directeur du National Trade Council,- je vous recommande de lire son livre : Death by China-, une revendication à la confrontation et à l’action contre la Chine. 5) Sans oublier l’attitude féroce, inhabituelle et exceptionnellement belliqueuse affichée par le secrétaire d’État, Rex Tillerson, suggérant, le jour de la confirmation de sa nomination, que « les Etats-Unis peuvent bloquer l’accès aux installations construites par la Chine dans la mer du Sud ». Rien d’important, bien sûr, si la Chine décide d’en rire et de ne pas le prendre comme une violation de sa souveraineté. Mais, sur ce point, je suis confus.

Tillerson parle de contrôler les actions territoriales de la Chine et qui affectent d’autres pays, tandis que Trump parle d’oublier les frontières des autres pays pour se concentrer sur les siennes. Enfin… Ayant assisté à tout cela (je reconnais qu’un peu surpris), je dois obligatoirement me demander si tout cela a pour but d’informer le monde de la menace d’une guerre commerciale avec la Chine et le Mexique, ou si au contraire il s’agit seulement d’une tactique (comme le dit A. Kroeber) pour forcer ces pays, en particulier la Chine, à faire quelques concessions en matière économique. Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que cette approche à la géopolitique internationale est nouvelle, peu orthodoxe, inconnue, incertaine, aléatoire, hasardeuse et, pourquoi ne pas le dire, risquée.

Depuis les années 1970, avec Richard Nixon, il était dans l’intérêt des États-Unis de permettre le développement de la Chine et de maintenir un lien étroit entre les deux pays, comme un outil pour éloigner la Chine du bloc soviétique et maintenir ce dernier isolé, limité et contrôlé. Aujourd’hui, après des décennies d’un imposant développement économique et la croissance d’une classe moyenne vigoureuse en Chine, certains utilisent le prétexte que la Chine a échoué dans sa conversion vers une démocratie pour changer le cours des choses, ils considèrent que le développement de la Chine a été directement proportionnelle à l’appauvrissement des États-Unis (et, par conséquent, sa cause). Sachez que si ce nouveau pouvoir pense que cela s’arrangera en « secouant » la Chine et opte pour la version impulsive et brusque en matière commerciale, cela va être douloureux pour tout le monde. La question incommodante du jour, et qui ne pouvait pas manquer dans mon billet, est la suivante : existe-t-il une probabilité élevée de voir une guerre commerciale et au résultat coûteux ? Pour répondre à cette question, il faut d’abord comprendre un peu le régime fiscal actuel des États-Unis. Quatre choses que vous devez savoir :

  1. Aux États-Unis, sous la loi fiscale actuelle (selon les explications que l’on m’a données hier matin), les entreprises américaines qui importent des produits de l’étranger aux États-Unis peuvent déduire le coût total de ces importations de leur assiette fiscale.
  2. Nous savons que de nombreux gouvernements étrangers proposent des remboursements fiscaux sur les produits manufacturés exportés : subventions à l’exportation qui visent à améliorer la balance des paiements et réduire leur dépendance de funding en dollars.
  3. Au contraire, les marchandises produites aux États-Unis sont fiscalisées à l’un des taux d’imposition les plus élevés de la planète…
  4. … et si ces marchandises sont exportées à l’étranger, elles sont souvent soumises à de nouvelles taxes locales à la consommation. Bien. Tout cela peut être synthétisé en une idée très simple, et qui répondra à la question que je vous pose : le système fiscal nord-américain repose sur le contrôle fiscal de la production nationale et non de la consommation.

Ces quatre points aideraient à expliquer, entre autres, pourquoi les entreprises nord-américaines délocalisent leur production. Ce que Trump paraît prétendre (si on écoute ce qui est dit) c’est de changer un « production-based tax system » à un « consumption-based tax system », et comme la plupart des produits consommés sont produits à l’étranger, cela revient à dire que ce qu’il propose est de fiscaliser le produit externe. Jusque là, tout est clair.

La réponse à notre question est, donc, facile. Je crains fort que si nous assistons à un déroulement d’un type de guerre commerciale, ou tout du moins, à un durcissement des conditions commerciales au niveau global, cela va avoir des répercussions. En fin de compte, n’avons-nous pas traversé une guerre des taux de change ? Pourquoi crois-je cela ? Tout le monde sait que le gouvernement fédéral des États-Unis a de plus en plus de problèmes pour planifier son budget et financer les dépenses publiques. C’est simple à comprendre. Dans une société qui vieillit rapidement, la main-d’œuvre est irrémédiablement modérée et, par conséquent, la production est également freinée. Oui Messieurs ; ce qui change le plus rapidement dans une société vieillissante n’est pas la consommation, mais la production, et cela nous amène à l’essentiel de la question.

Dans un régime fiscal comme celui des États-Unis, où les recettes fiscales se basent (associent) sur la production, il est logique d’observer une modération des recettes publiques, juste au moment où il existe une plus grande demande de dépense publique, typique dans un contexte de vieillissement. D’où les difficultés pour financer le budget. Trump et son administration, qui savent parfaitement ce que je vous raconte, peuvent penser que la meilleure manière de rééquilibrer la situation (tel que le signalent déjà certaines sources) est de transférer la charge fiscale du centre de production au centre de destination (from a production-based taxation to destination-based taxation). C’est-à-dire de la production nationale à la consommation. Cela revient à dire que la charge retombera sur tout produit fabriqué à l’étranger. Ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de border tax adjustment. Et voilà, vous voici servie la guerre commerciale.